Clinique psychiatrique Marigny à SAINT LOUP CAMMAS

Le 15 mai 2018

Quand la rencontre artistique en Musicothérapie donne naissance à de nouvelles nuances

Avoir recours à la musique et aux musiciens en réponse à la symptomatologie mélancolique ou dépressive (terme plus récent, présent dans le vocabulaire médical au XVIIIème siècle) est un procédé ancien. Aristote, Platon (préconisant la musique dans le soin psychique), David (secourant Saül), Farinelli (chantant au chevet de Philippe V), etc. sont autant d’exemples de notre histoire constituant l’héritage de la pratique actuelle en Musicothérapie. En effet, bien que cette thérapie médiatisée n’ait pas pour visée la guérison totale, les études récentes mettent en exergue les effets sur le corps, les affects, l’alexithymie, la créativité, la création, la communication… que les ateliers collectifs de Musicothérapie procurent chez les patients englués dans une psychopathologie dépressive (D’Abbadie de Nodrest L., 2017).
Tout comme la Musicothérapie ne peut pas se résumer à l’écoute de playlists sur Internet, elle ne peut pas être réduite à l’acte de composer ou de jouer. L’importance ici se situe au niveau du cadre clinique et ses particularités transférentielles : celui-ci dépend de la formation du Musicothérapeute, du public rencontré et de ses problématiques, de leurs préférences (approche active, réceptive, créative), ainsi que de l’authenticité de chacun.
Idéalement, et dans un premier temps, c’est au Musicothérapeute et aux intervenants extérieurs de s’ajuster aux patients et non l’inverse. L’idée n’est pas non plus de faire un « concert à la carte », des éléments positifs comme négatifs amenés par le groupe sont travaillés au cours des séances. Il importe également que ces ateliers comportent un début et une fin marqués, prenant sens pour le sujet, cette dernière déclenchant fréquemment un élan créateur accompagné d’une projection dans un futur proche.
C’est dans ce contexte que Laurie D’Abbadie de Nodrest (Psychologue clinicienne, Musicothérapeute et Doctorante en Psychopathologie), Amandine Bontemps (Chanteuse professionnelle et Musicologue) et Camille Suffran (Chanteuse et Violoniste professionnelle) ont construit un projet commun afin de penser et explorer les nouvelles formes de liens pouvant se tisser entre des personnes prises en charge à la Clinique Marigny (31), des musicien (nes) professionnels (les) (mais surtout impliquées dans la transmission) et une Psychologue Musicothérapeute.

Pour ce faire, il a fallu un temps d’adaptation afin de déjouer les pièges de la demande esthétique, de concert ou, comme évoqué supra, de liste de morceaux « à la carte »). Ainsi, de nombreuses reprises de cadre avec les patients et en alliance avec une équipe hospitalière pluridisciplinaire ont été nécessaires. Sans dévoiler trop précocement le travail de terrain et de recherche en cours jusqu’à juin 2018, nous pouvons déjà relever quelques aspects thérapeutiques essentiels dans la pratique.
L’objectif ici étant d’horizontaliser le lien dès que nécessaire, le positionnement de chacun est questionné en permanence. Par exemple, les musiciennes ne sont ni soignantes, ni patientes, elles peuvent recevoir la critique, exprimer leurs difficultés, leurs goûts, tout en tentant d’accueillir ce que leur renvoie le groupe. Vis-à-vis des patients issus de la psychiatrie résidant quelques mois en institution, elles représentent aussi l’extérieur qu’il faudra être en mesure d’affronter au-delà des murs. En définitive, la Psychologue Musicothérapeute est la seule à être garante du cadre tout en participant aux activités, afin d’avoir une fonction médiatrice entre patients et artistes, ou entre leurs productions écrites et l’interprétation réalisée par les musiciennes. En outre, la visée clinique de la Psychologue Musicothérapeute tend à repérer les processus inconscients (exemple : illusion groupale), créatifs ou sublimatoires ; les passerelles permettant d’atténuer d’éventuelles déliaisons, de contourner la verbalisation ; ou encore les mécanismes psychiques en jeu lorsque la création passe par le corps, le désir de l’autre, avant de revenir à l’oreille des participants. Avec l’aide technique des artistes, la mise en histoire en musique, chanson ou slam est facilitée, les musiciennes prenant la responsabilité et portant des mots difficilement prononçables en groupe par les individus dépressifs.
Musiciennes, participants, musicothérapeute, s’accordent et partagent ensemble l’inconnu, l’improvisation, l’imprévu, émergeant à tout moment au cours des séances. Le fil rouge (ou musique de fond) de celles-ci pourrait être une tension permanente entre le désir de chacun et l’envie de faire du sur-mesure : avec ses ressources subjectives, chaque personne devra réaliser (grâce à des jeux créatifs imaginés en fonction de la problématique abordée) sa part de chemin pour rêver, créer, accueillir et rencontrer l’autre.

In fine, tout en évitant des éléments traumatiques, ce n’est pas le goût musical qui est réellement travaillé, mais la communication avec ce tiers (avec qui nous créons) qui pourra être surprenant, réconfortant, soutenant, décevant… L’accent est mis sur la souplesse, le mouvement, la nuance… éléments essentiels en musique comme dans la réalité de l’existence, auxquels les patients seront confrontés de nouveau à la sortie de la clinique.
Comme ces ateliers n’accueillent pas que des mélomanes, la musique est toujours accompagnée d’autres techniques médiatisées telles que l’écriture, les « odeurs », les sons de la nature, ou encore le dessin. Ces médiations sont choisies en fonction des envies du groupe, mais aussi de la formation, des possibilités ou de la personnalité de l’Art-Thérapeute.
Des études intégratives et des communications en Psychologie et/ou en Psychopathologie de l’expression aborderont en détails ces ateliers groupaux de Musicothérapie une fois cette expérience en clinique achevée.

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